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Jeune Afrique-L'intelligent    Rwanda 18 mai 2003
 
 
Le fil de l'Histoire
 
Au-delà de l'effarante singularité du génocide, considérer le Rwanda
comme une exception africaine nest pas une banalité, mais une réalité,
 dont le rappel permet de mieux saisir les enjeux de cette année
décisive. Contrairement à la quasi-totalité des pays membres de lUnion
 africaine, le Rwanda est un État-nation multiséculaire reposant non
pas sur des ethnies multiples, mais sur deux composantes humaines
Hutus et Tutsis à la fois profondément différenciées et profondément
semblables. Fondues dans le moule étatique et national créé par la
monarchie pré-coloniale, les deux populations partagent la même
langue et la même conscience dappartenir à une seule et unique
nation. Pourtant, lapplication de la mathématique électorale classique
et démocratique à ce pays si singulier a jusquici tragiquement
échoué : non sans raisons, les Tutsis, minoritaires, ont toujours
considéré que les Hutus cherchaient à profiter de leur démographie
dominante pour se créer une rente de pouvoir éternelle ; non sans
raisons, les Hutus, majoritaires, ont toujours soupçonné les Tutsis de
vouloir compenser par la force leur infériorité numérique. Comment
sortir de ce cercle vicieux ? En attendant le jour où cet État
bicommunautaire aura donné naissance à un État monogame
majoritairement composé de « Hutsis » ce qui prendra forcément du
temps , force est de reconnaître quau Rwanda, comme en Europe, ce
nest pas la démocratie, le one man one vote, qui a forgé lÉtat-nation,
mais linverse. Et que seul un pouvoir fort est susceptible de créer les
conditions de ce que la communauté internationale appelle le partage
démocratique du pouvoir.

Or cet acquis à la fois pratique et culturel existe au Rwanda, pays qui,
 en outre, possède un degré élevé de centralisation institutionnelle.
Faut-il, dès lors, reprocher à Paul Kagamé d'user de ce cadre pour
prévenir, en cette année 2003, tout dérapage électoral ? Certes non,
même s'il convient d'être vigilant à l'égard de toute tentation
autocratique. Faut-il en vouloir au pouvoir en place à Kigali s'il
considère, toujours en référence à sa propre histoire, que les Rwandais
 ne sont pas d'abord francophones ou anglophones, mais
kinyarwandophones ? Certes non, et l'une des erreurs de la diplomatie
française est sans doute de s'acharner à croire que le Rwanda regarde
 vers l'Ouest alors que tout le rattache à l'Est et au Sud. Faut-il
s'offusquer de ce que le Front patriotique rwandais (FPR, au pouvoir et
 qui entend bien le rester à l'issue du processus de mise à niveau
démocratique en cours) considère l'ingérence humanitaire et politique
comme une sorte de néocolonialisme de la pitié ? Certes non ; si le
génocide n'a pas absous a posteriori les dirigeants rwandais actuels de
leurs erreurs, il continue d'en relativiser le poids et la portée.

Observer, analyser, critiquer avec discernement, mais sans discréditer
ni condamner a priori cette année de tous les espoirs et de tous les
dangers, est donc le meilleur service que la communauté
internationale, qui a tant failli dans le passé, puisse rendre au Rwanda.
Il n'est pas si fréquent qu'un pays tente de renouer sous nos yeux les
fils de sa propre histoire.
 
François Soudan